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 Skarn à sa rencontre

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Skarn



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Triomphe : 35
Date d'inscription : 16/02/2015

MessageSujet: Skarn à sa rencontre   Ven 20 Fév - 16:16

Allons bon, c’est quoi ce bazar ?”

Décidément, cette journée et sa succession d’évènements sans queue ni tête commençaient réellement à le mettre de travers.  C’est alors qu’il pestait sur sa situation qu’un bruit presque imperceptible le tira de sa réflexion. Marquant l’arrêt pour mieux tendre l’oreille, Skarn se concentrait à la recherche de quelque son. Une douleur dans son dos et un cri strident lui firent faire volte face, mais son regard ne rencontra rien d’autre que l’obscurité la plus totale. Une douleur le lançait derrière l’épaule, et il sentit un filet de sang suivre les lignes de son dos. Se tenant sur le qui-vive, notre protagoniste commençait à stresser quelque peu; comment aurait-il pu en être autrement, il lui fallait se défendre à l’aveuglette contre un danger inconnu…

Instinct ou sixième sens, il fit un pas en arrière juste à temps pour entr'apercevoir filer devant son œil gauche quelque chose rappelant un petit bras décharné terminé par des doigts griffus… Doigts griffus qui lui tailladèrent le front et manquèrent in extremis de l’éborgner !!

Pathétique...

La voix derrière lui le fit sursauter, et c’est d’un bond qu’il se retourna dans la direction d’où était venu le son. De la pénombre sortit un magnifique loup aux yeux rougeâtres, dont les iris écarlates donnèrent l’étrange impression à Skarn de se regarder dans un miroir, ce qui n’eut d’autre résultat que de le mettre assez mal à l’aise.

Vraiment pathétique, petit homme…  Si faible, si… vulnérable ! Devrais-je…

Le fauve interrompit sa tirade lorsque l’homme devant lui se mit à afficher un sourire béat en le regardant.

Tu viens de passer à deux doigts de perdre un oeil, et tu souris comme un abruti !? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?

_Et bien, c’est que cette journée commençait vraiment à me sortir par les yeux, d’autant plus que je ne comprenais vraiment pas grand chose à tout ce qui se passait. Mais au final, le bilan n’est pas si mauvais !
Un chemin qui disparaît comme par enchantement, une mystérieuse bestiole qui m’attaque d’on ne sait où, et maintenant… un loup qui parle ! Vraisemblablement, j’ai dû manger quelque chose qui n’est pas bien passé, et je suis en plein milieu d’un mauvais rêve. Je n’ai plus à m'inquiéter, je n’aurai qu’à me réveiller pour retrouver mon quotidien, et…


_Et ta quotidienne ? Tiens-tu tant que cela à te faire du mal ?

_Puisque tout ceci n’est qu’un rêve, aussi désagréable soit-il, je comprends mieux ta présence, et cette étrange impression de familiarité que j’ai ressentit à la vue de tes yeux. Tu n’es que la forme que mon inconscient utilise pour matérialiser ma plus grande crainte: ce côté bestial qui vit en moi, et qui m’a jadis submergé pour faire de moi un forcené sans pitié.

_Ta plus grande crainte, certes, mais aussi, voire surtout, ta plus grande force.

_Je ne considère pas le fait d’entrer dans une incontrôlable rage destructrice comme une force. Il y a tant de choses à construire dans une vie, qu’il serait bien dommage de se focaliser sur la destruction et l’anéantissement. C’est ce côté nihiliste que j’ai combattu depuis des années. J’avais peur de cela, peur de toi. J'avais peur de toi.

_Sans être dans le faux, tu n’y es pas tout à fait, jeune louveteau… Laisse moi te compter l’histoire de ta lignée…


_Si tu comptes me raconter cette histoire farfelue d’un de mes très lointains ancêtres qui était un grand héros, épargne toi cette peine, j’en connais déjà les détails. Dans une lointaine époque reculée, les Hommes qui foulaient notre monde n’ignoraient rien de la magie, et les légendes les plus affreuses prenaient vie dans le quotidien des gens. Le chaos était une norme, au milieu de laquelle les Seigneurs Kaï du Sommerlund étaient les défenseurs de la lumière, protecteurs des faibles et des opprimés. Parmi eux, le plus grand, le dernier de leur lignée, Loup Solitaire, défit à lui seul les force des ténèbres, et sauva le monde pour qu’il devienne celui que nous connaissons aujourd’hui. C’est de là que me vient mon nom, Skarn, qui signifie “Loup Solitaire” en ancien langage.

Tout le monde connaît ce compte qui fait rêver les enfants le soir au coin du feu. Mais les comptes ne sont que ce qu’ils sont: des histoires bâties sur des légendes, grossies et déformées au gré des transmissions, servant à véhiculer des idéaux et des valeurs archaïques, afin d’éviter aux petits chérubins de trop s’éloigner du droit chemin.

En admettant que cet ancêtre ait réellement exister, son seul pouvoir fut sûrement celui de posséder de grands talents pour embobiner les gens. Il est en effet admirable qu’il fût capable de laver tant et si bien le cerveau de ses ouailles, que ses histoires perdurent encore dans leurs esprits, plus d’un millénaire après sa mort. Je l’en remercie d’ailleurs, puisque grâce à lui, j’ai une belle maison dans une des plus grande cités du pays, et je n’ai besoin que de peu de travail pour subvenir à mes besoins vitaux. Quand à mon nom, il est ce qu’il est, et je me fiche de ses origines comme de sa signification.


_Tu parles beaucoup, mais tu ne sais rien.

_Je parle beaucoup, mais c’est toi qui est venu me taper la discute, et je vais te dire pourquoi. Tu es apeuré, petit chien. Comme n’importe qui, j’ai mes démons, et plutôt que de les combattre comme un homme, je me suis très longtemps contenté de les murer quelque part au fond de mon être, et de les oublier là. Mais le travail de fond que j’ai accompli sur moi-même ces derniers temps est venu remettre ces vieilles peurs au goût du jour. Afin de trouver ce qu’il y avait de meilleur en moi, j’ai dû accepter le pire. Et te voila, pauvre canidé chétif, à te présenter devant moi au sein de mes songes. Tout fauve que tu sois, tu ne peux rien face au raz de marée qui fait rage en moi, et ton existence même se trouve remise en question grâce à cette personne radieuse qui habite désormais chaque recoin de mon âme. Il n’y a plus de place pour ta noirceur, et c’est tant mieux. Pars, et jamais ne reviens, je n’ai que faire de toi…

Alors qu’il parlait, et que sa voix devenait de plus en plus affirmée, l’image du loup devant lui semblait petit à petit perdre consistance, jusqu’à ne plus être qu’un halo de lumière rappelant vaguement la forme du loup qu’il avait été. Dans un dernier effort, l’apparition fit cependant retentir sa voix une dernière fois:

_Tu te sens peut être fort pour le moment. Mais n’oublie pas ceci: je suis une part de toi, et tu n’es qu’une part de nous. Rien n’est établit, et à la moindre de tes faiblesses, je serai là pour prendre la gouverne. Je serai le cavalier, et tu ne seras que ma monture, de la même manière que je suis pour l’instant obligé de me soumettre à ta volonté.

Disparaissant dans un éclat lumineux, l’animal ne laissa de lui qu’une nappe de poudre qui vînt s’incruster sur la poitrine de Skarn dans une désagréable sensation de brûlure. Le résultat de cette “incrustation” fut un tatouage violacé, dans un style assez particulier, qui lui rappelait très vaguement la forme du loup, bien qu’il était persuadé que nul autre que lui n’aurait n’eut reconnu la silhouette du fauve… A cet instant, le sol se déroba sous les pieds de Skarn, et il se retrouva à chuter tête la première dans les ténèbres. Décidément, il était vraiment temps qu’il se réveille. Non pas que les premiers moments de ce songe aient été des plus plaisants, mais désormais, le vase était plein, et cette chute n’était qu’une goûte d’eau supplémentaire dans un surplus qui débordait depuis belle lurette.

Sauf que voila, il ne tombait plus. Certes, il avait toujours la tête en bas, mais sentait bel et bien un sol sous ses pieds… sous ou sur, il n’était pas certain de l’idée à en avoir, puisqu’il était tête en bas, et que le sol sur lequel s’appuyaient ses petits orteils nus était donc situé au dessus de ces derniers.

Skarn sentait que ses pieds étaient collés à une surface, mais il n’en voyait rien. En fait, il pouvait parfaitement voir chaque détail de sa personne comme en plein jour, mais tout le reste autour de lui, dessus, dessous, devant, derrière, bref, tout, était plongé dans une insondable obscurité qui commençait quelque peu à l’oppresser. Il se risqua à faire un pas en direction du néant qui l’entourait, puis un autre, suivis d’une série de leurs semblables, avant de finalement stopper sa marche, puisque celle-ci ne semblait pas destinée à aboutir où que ce soit.

C’est alors que, sentant une présence derrière lui, notre homme se retourna, pour faire face à Cynthia, qui se tenait devant lui, nimbée d’un halo de lumière si intense, qu’il en fut presque éblouit.

Je commençais à trouver ce rêve un peu trop long, surtout qu’il n’est pas des moins chiants qu’il m’ait été donné de faire. Mais bon, à défaut de me réveiller, j’ai au moins l’impression que la suite du songe devrait être de bon aloi.

_Voyons, tu sais très bien que je ne suis pas elle, mais…

_Juste une projection de ce que j’ai envie de voir, ou un truc du style.


_Raté, mais de peu ! Disons que je suis plutôt la matérialisation de tout ce qu’il y a de positif et de lumineux en toi, et que cette apparence est la forme qui représente le mieux cette part de ton cœur.


_Ah ok… Du coup, tu vas me sortir toi aussi, que tu es une part de moi, mais que chacun de nous peut à tour à tour devenir le cavalier ou la monture… Je ne sais pas pourquoi, mais dans un cas comme dans l’autre, l’idée me dérange énormément moins que toute à l’heure.

Bon sang, ce fichu rêve devenait enfin intéressant !!
Tout du moins, aurait-il pu, mais l’apparition le stoppa d’un geste de la main, puis reprit son discours sur un ton qui affirmait que ce dernier était destiné à être un monologue, pas une discussion.

Il n’existe pas de lumière sans surface pour la renvoyer. Nous ne sommes que deux faces d’une même pièce, et inverser nos places ne changerait rien à cette pièce.

Skarn fit une moue de déconvenue, laissant échapper à mi-voix:

Hmm, donc… heu.. pas de chevauchée ? Une petite leçon d’équitation peut-être ?

_Une leçon est bel et bien à venir. Mais le sujet en sera autrement plus grave  qu’une simple question d’équitation…

Déconcerté par cette dernière déclaration, Skarn se demandait à présent quelle substance néfaste pouvait provoquer pareils ravages dans sa tête, pour le conduire à un tel songe.

Skarn, que vois-tu autour de toi ?

Une question qui paraissait tellement idiote qu’elle le laissa un instant interloqué venait de lui être adressée, mais il se donna la peine de répondre sur un ton des plus courtois:

Ben, heu… toi !

Il allait clore sa phrase, mais se reprit:

Enfin, je vois Cynthia, qui n’est pas Cynthia, mais qui est toi. Donc, je te vois telle Cynthia, que tu n’es pas, et j’entends sa voix… heu… que tu n’as pas ?

Il était vraiment temps que cesse cet absurde rêve, car Skarn en venait à ne même plus comprendre ses propres dires !

Et c’est là le problème. Ce qui grandit en toi depuis quelques temps maintenant, est vraiment quelque chose de puissant, et de beau. Cependant, même la plus belle des intentions devient viciée lorsqu’elle vire à l’obsession. Suis ta lumière, mais ne la laisse pas t’aveugler.

Le message ressemblait à un conseil -vraisemblablement judicieux- mais Skarn n’était pas certain du sens à lui donner. Nul doute que le tout recelait quelque avertissement du style “poursuis ton rêve, mais attention”. Attention à quoi ?

Il est grand temps pour moi de te laisser. La porte demeure fermée, mais tu as le pouvoir de l’ouvrir. Trouve les questions, et tu te trouveras.

Alors que son image s’estompait, la voix se fendit d’un dernier conseil:

Si tu ne vois rien, ferme les yeux. Il faut savoir se défaire de ce qui n’est pas nécessaire.

Laissé seul au milieu de cet espace obscur, notre homme s'interrogeait sur la suite du programme. Il aurait aimé se réveiller, mais ce n’était pas quelque chose qui se “décidait”.
Il observait tout autour de lui, cherchant du regard le détail essentiel qui aurait pu lui échapper lors de ses observations précédentes, mais cet endroit ne semblait empli que de vide.

Une minute… en fait, si c’était vraiment vide, sur quoi serais-je en train de marcher ?

Il avait formulé cette réflexion à voix haute, mais la question, purement rhétorique, ne s’adressait qu’à lui même.. Cette même réflexion se poursuivit dans sa tête:

Je sens bel et bien le sol sous mes pieds, mais je ne le vois pas. D’accord, s’il n’y a pas de lumière, c’est normal de pas être capable de voir où on met ses foutus pieds. Mais dans ce cas, on ne voit pas ses pieds non plus, et là, je les vois très bien.  Je suis dans un rêve, au sein duquel j’ai eu l’occasion de faire causette avec plusieurs facettes de ma personnalité. Pourquoi est-ce que je me tape un tel rêve, bonne question; mais ce n’est sûrement pas la plus importante actuellement. Le fait est que, puisqu’il semble que j’ai décidé de faire une petite introspection durant mon sommeil, l’endroit dans lequel je me trouve, et qui abrite des facettes de ma personnalité, pourrait très certainement être une représentation de mon moi profond. Et cela expliquerait donc que je puisse me voir, peu importe l'obscurité, puisque finalement, ce monde est ma propre conscience, et n’existe que si j’ai conscience d’être.

S’attrapant la tignasse, il se mit à hurler de toutes ses forces.

La vache, si même quand on pionce il faut se prendre la tête, je vais me faire une cure de café moi !!”, s’exclama-t-il à vive voix.

Reprenant le cours de sa réflexion:

Bon, un dodo, plein de morceaux de moi, et des histoires de conscience… mais oui, la conscience !! Je ne vois que ce dont j’ai conscience. Donc, je dois appréhender le reste, pour que mes yeux le voient. Mes yeux ?

Le mot avait provoqué un déclic, en lui remémorant le dernier conseil de la fausse Cynthia:

Si tu ne vois rien, ferme les yeux.

En temps normal, il aurait trouvé cette phrase absurde, mais puisque tout ceci était grotesque, il décida de tenter le coup. Il n’avait, de toute manière, rien à perdre…

Fermant les yeux, il se concentra un moment, espérant ainsi aboutir à quelque résultat pour faire avancer sa situation à deux balles. Privé de sa vue, il sondait le néant alentour à l’aide de ses autres sens, lorsque un frisson lui parcourut l’échine. Aussi imperceptible fut-ce, il lui avait semblé distinguer un très léger bruissement. Il n’aurait pu dire si il y avait réellement de l’air autour de lui, mais il en avait toutefois perçu comme un déplacement; il n’était sûrement pas si seul qu’il ne se l’était imaginé.

Lui revinrent alors les fugaces images de coup du griffe au dessus de l’œil, précédé de la douleur à l’épaule; comment avait-il pu oublier une telle menace !? Soudain persuadé d’avoir entendu quelque chose sur sa gauche, Skarn pivota, en ouvrant machinalement les yeux, et vit soudain une sorte d’ombre amorphe, de faible taille, qui fonçait sur lui. Les deux antennes biscornues qui pointaient au dessus de sa tête semblaient le défier d’échapper aux griffes de leur propriétaire, dont les deux orbites d’un jaune étincelant ne se détachaient pas de la poitrine de Skarn. Attendant le moment propice pour s’exécuter, le jeune homme fit un pas chassé digne d’un danseur de classe internationale, et regarda la pauvre bestiole passer devant lui, filant droit dans les airs. Faute d’avoir anticipé cette éventualité, le spoutnik improvisé fit un atterrissage maladroit, dont profita Skarn pour lui envoyer un spectaculaire coup de pied dans l’arrière train. Apparemment peut résistante, la sombre chose se désintégra dans un nuage de poussière aux allures de charbon. Mais le vainqueur regardait déjà ailleurs: alors qu’il prenait toujours appui sur un sol qui le mettait tête vers le bas, il voyait, au dessous de lui -donc en levant la tête !- à présent une sorte de grand vitrail colorée, aux fresques ouvragées, représentant deux loups aux postures et couleurs opposées. Dessous ces derniers trônait un portrait de Cynthia, alors que d’autres motifs qui lui étaient inconnus venaient agrémenter le tout ici et là. De forme parfaitement circulaire, la surface se détachait brillamment de la masse de ténèbres qui l’entouraient. C’était un spectacle magnifique à la vue duquel Skarn eut une sensation agréable et chaleureuse, sans trop savoir pourquoi.

Spoiler:
 

La nymphe réapparut à cet instant, un sourire radieux sur son visage.

Ce n’est pas forcément en cherchant que l’on trouve, et c’est alors que tu ne regardais plus, que tu as vu, mais sauras-tu regarder ce que tu ne veux pas voir ?
Pourras tu rester indifférent à l'effondrement des mondes autour de toi ?


_L’effondrement des mondes ? Je ne suis pas certain de comprendre ? Tu parles d’un tremblement de terre gigantesque ? Ou d’une éruption, enfin, un grosse catastrophe naturelle qui détruirait le monde ? Honnêtement, que pourrais-je faire contre l’un ou l’autre de ces cas ? Il serait aussi idiot que vain de tenter de m’opposer à l’inéluctable. Mais je tenterais au moins de trouver une échappatoire, afin de mettre Cynthia en sécurité.

Ignorant ce que venait faire ici cette question pour le moins pessimiste, Skarn se demandait si la réponse qu’il avait formulé répondait vraiment aux attentes de son interlocutrice. Que cela fut le cas ou non, elle n’en dit mot, et formula une nouvelle question:

Cette femme est au centre de toutes tes attentions. A continuer comme ça, tu pourrais finir par ne plus même te préoccuper de toi. Jusqu'où es tu prêt à aller pour retrouver Cynthia ?

_Ben, dans un premier temps, jusqu’à chez elle. Dans l’éventualité où elle n’y serait plus, je la retrouverais, aussi sûrement qu’une boussole désigne le nord.

A ces mots, la dame disparut, et le sol auquel s’accrochaient les pieds du mâle cessa d’exister. Tombant comme une plume durant ce qui lui semblait être une éternité, Skarn se rétablit et posa pied à terre, au beau milieu de ce vitrail qui, même s’il n’était pas certain de comprendre pourquoi, provoquait en lui un sentiment de plénitude. Cette sensation s’évapora d’un coup, lorsque qu’une “mare” d’ombre se matérialisa sur le sol devant lui, puis commença à prendre une forme humanoïde. Très vite se tînt devant lui un homme partageant le même faciès que Skarn (sans sa récente cicatrice), mais dont la longue chevelure virait sur l’argenté. Ses vêtements, tout de noir colorés et assez simples, n’étaient pas dénués de classe, et donnaient un air élancé à sa silhouette. Le type, toisant Skarn d’un regard dédaigneux, tendit sans mot dire ses deux bras vers l’avant, et se matérialisèrent alors dans chacune de ses mains, des lames aux allures menaçantes, qui semblaient toutes désignées pour découper des rondelles de Skarn. Contre toute attente, ce copieur de visage entama la discussion plutôt que le combat:

Mort avant d’être né… Je suis mort à cause de ta faiblesse. Pourquoi ? Pourquoi me rejeter ?

Notre bien malheureux rêveur ne comprenait pas un traître mot des récriminations de son alter ego, et ne put que bredouiller une question pour toute réponse:

Heu, on… On se connaît ?

Bien que les deux hommes partageassent deux visages forts semblables, Skarn ne parvenait à déterminer qui était, ou que représentait le braillard qui s’adressait à lui.

Tu ne peux me connaître, puisque tu ne te connais pas toi-même. Je suis toi. Un toi qui a failli exister. Un ex-toi-en-devenir dont l’espérance de naissance s’est envolée à cause de ta bécasse adorée. Tu étais si fort, Skarn. Contrairement à tous les autres, tu ne suivais que ta raison, et ne laissais jamais une émotion influencer ton jugement, ni même entraver ta route. Regarde toi désormais… Cette folie qu’on appelle l’amour, te consume, et tu agis même en son nom. Comme ces imbéciles qui se précipitent au front en scandant le nom d’une hypothétique divinité, tu choisis sciemment le coeur à la raison, résolu à traverser vents et marées, dans l’espoir de trouver le paradis à l’horizon. Sache cependant ceci: puisque je n’existerai jamais, alors cet avenir que tu espères disparaîtras avec moi !

A ces mots, l’’homme, devenu hystérique au fil de son discours, se lança à l’assaut, ses deux trancheuses prêtes à en découdre, ou plutôt, à découdre la peau (et le reste) de leur adversaire. Les deux lames passèrent au-dessus de Skarn, qui s’était baissé en effectuant une roulade le propulsant dans le dos du forcené. Il découvrit alors une vaste collection d’armes en tous genres, jonchant le sol. Ramassant la première qui lui tombait sous la main, il lui fit décrire un large arc-de-cercle dans les airs, dans un volte-face exécuté à la vitesse de l’éclair. Hélas, l’ennemi avait promptement réagit, et lorsque les fers se croisèrent, l’arme de Skarn partit en éclats. Esquivant de justesse la seconde lame de son opposant, Skarn saisit la garde d’une épée, et envoya cette dernière à l’assaut du vilain, qu’elle atteignit en plein cœur. En fait, elle l’atteignit à l’endroit où aurait dû se trouver son cœur, mais passée la fine couche de tissus, le héros se rendit compte, à la différence de résistance, que le corps de son adversaire n’avait à cet endroit, en lieu et place d’un cœur, qu’un vaste vide. Décontenancé, il perdit son avantage, et dû passer quelques minutes à se défendre avec les moyens du bord. Esquivant autant que faire se pouvait, Skarn était régulièrement forcé, par moments, de parer à l’aide d’armes ramassées ça et là, qui, de manière systématique, se disloquaient au moindre impact. Chance ou réflexe, il parvînt finalement, en évitant une attaque d’estoc, à désarmer une main de son homologue. Ce dernier saisit immédiatement une autre arme à sa portée, alors que Skarn se précipitait sur celle qui venait de tomber. Au moins celle-ci ne se brisait pas au premier échange, se disait-il. Quelle déception, lorsque, lançant sa nouvelle acquisition en direction du cou de son ennemi, celle-ci se brisa en rencontrant une lame de la cible.

“Ok, donc les lames ne se brisent pas à cause d’une qualité pourrie, elles se brisent car je suis celui qui les brandit ! En clair, toutes ces armes ici présentes, ne me sont pas destinées… Mais puisque je suis dans une sorte de rêve introspectif, il y a forcément, quelque part autour de moi, de quoi me défendre efficacement !”

Sautillant comme une puce afin d’éviter les deux rasoirs qui n’avaient de cesse de chercher son sang, Skarn réfléchissait à la recherche d'une quelconque salvation.

Dis moi, Skarn, toi qui désormais, arpente les chemins fastueux d’une vie de cœur, je me demandais: es tu satisfait de ta vie ?
Tu as accepté ta nouvelle condition, et renoncé à la sécurité, en t’exposant à la bêtise des sentiments, et aux tempêtes internes que ceux-ci peuvent déclencher. Toi qui savais exactement où tu allais, tu avances maintenant à l’aveuglette, et ton avenir n’a jamais été si incertain. Comment pourrais-tu te satisfaire de cela !?


L’homme posait ses questions, sur un ton qui laissait entendre que l’existence même de ces interrogations l’indisposait au plus haut point. Skarn eut l’impression que son interlocuteur attendait, après leur formulation, des réponses dont il avait déjà décidé de la teneur, et qui, il semblait en avoir besoin, couperaient cours à un malaise que sa soudaine fébrilité trahissait en lui.

Je suis heureux, ou je suis triste, mais je garde le sourire. Oui, il m’arrive de ressentir de la déception… actuellement, je suis déçu de ne pas avoir su montrer à Cynthia ce que j’avais au fond de moi lorsque j’en avais encore l’occasion. Je suis triste chaque fois que je suis séparé d’elle, que ce soit un jour ou un mois. Mais même dans ces moments d’éloignement, au coeur de ma détresse, il y a toujours en moi une part de joie: j’ai pour moi les souvenirs de nos instants complices, l’image de son sourire, le son de ses rires.

Oui, je suis satisfait de ma vie: satisfait d’avoir mis de la couleur sur mes jours. Tu parles de sécurité, je parle d’asepsie. La joie, la  tristesse, sont un peu comme l’ombre et la lumière, vois-tu; il ne peut y avoir d’ombre sans lumière, mais la lumière n’a aucune valeur sans pénombre à éclairer. Alors c’est sûr qu’il n’y a encore pas si longtemps, je ne risquais pas la moindre déception, pas plus que quelque forme de peine ou d’affliction, mais si tu savais, ce dont, désormais, je me sens capable. J’ai encore moi-même du mal à cerner les limites de mes possibilités, mais je peux déjà dire que, lorsqu’il s’agit de poursuivre le bonheur de cette personne qui m’est si chère, j’ai l’intime conviction que rien ne m’est impo…


Il s’attêta net. Ce qu’il disait lui avait donné une idée. Non, plus qu’une idée, une compréhension. Il reprit, sur un ton tonitruant:

La vraie force vient du cœur, et l’heure de la démonstration a sonné.

La bête, ses sentiments, tout cela n’était que des parties de son âme, de son coeur, de son être. Il se serait damné, quelques minutes auparavant, pour en évincer le loup, et chasser les ténèbres en lui, mais sa dernière déclaration lui avait fait réaliser que l’un n’avait de sens que par l’autre, et qu’il ne serai lui, qu’en acceptant d’être les deux. Il n’avait pas besoin des armes autour de lui, car en son sein sommeillait un pouvoir bien plus grand que celui de n’importe quelle arme: la force de son cœur. Il se mit à avancer, d’un pas lent et solennel, en direction de celui qui se dressait devant lui. Dans un éclair argenté, une lame vola, sans trancher autre chose que l’air. Une autre lueur de mort se fit voir, lorsque les deux armes attaquèrent de concert, sans rencontrer plus de résultat que la fois d’avant. Déjà Skarn était sur son assaillant, dont l’assurance semblait chaque instant se dissoudre un peu plus. Ce dernier voulu reculer, car la proximité de sa cible lui interdisait à présent de frapper à l’aide de ses armes, mais avant qu’il ne puisse s’exécuter, Skarn l’avait saisit de surprise, l’enlaçant à tour de bras.

Je t’ai compris. Tu n’as pas besoin de disparaître. Ne me laisse pas m’abandonner à ma lumière, et préserve moi de mes ténèbres. Je t’accepte, comme je les ai accepté.

Il parlait calmement, et sentait contre lui, que son homologue perdait peu à peu consistance, disparaissant bientôt. Cynthia apparut une nouvelle fois devant notre personnage, et lui tînt à peu près ce langage:

Celui que tu viens d’enlacer, n'était la représentation d’un avenir que tu n’auras jamais. Celui d’un homme qui, à force de n’écouter que sa raison, en a totalement perdu son cœur. Guère plus qu’une ombre, mais doué de raison, il matérialisait ici la part de regrets et d’incertitudes demeurant en toi quant à la voie sur laquelle tu t’es engagé.


_Oui, il m’a fallut un peu de temps pour le comprendre, et plus pour l’admettre, mais au fond de moi, subsistait un doute: n’étais-je pas finalement mieux avant, avant de ressentir, avant que tout ne devienne compliqué ?

_Tu l’as accepté, tu nous as accepté, tu t’es trouvé. Mais attention, petit loup, la route est longue, et chacun de ses méandres sera un risque de te perdre en chemin.

La femme disparut sans crier gare, laissant apparaître derrière elle une porte entrouverte, par l'entrebâillement de laquelle une lumière éblouissante irradiait l’endroit.

La voix de Cynthia retentit une dernière fois:

La porte est ouverte...
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