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 Oz/Alice

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Oz Bezarius



Messages : 47
Triomphe : 44
Date d'inscription : 29/03/2015

MessageSujet: Oz/Alice   Dim 2 Aoû - 2:31

L’enfant s’éveille lentement alors qu’une légère brise dépose sur sa peau la caresse d’un soleil déjà bien haut que laisse passer l’huis d’une fenêtre par trop ouverte. Ses yeux demeurant clos, elle ne veut pas se réveiller, pas encore. Qu’on la laisse un peu plus profiter de ce moment de confort, et de bien être, à ne rien faire que rester là, dans ce lit, allongée près de lui. Tiens, d’ailleurs, où est-il ? Elle ne le sent pas, ne l’entend pas… Depuis quand ce lit est-il devenu si grand ?
Un pied se faufile sous le drap satiné, explorant l’espace à la recherche d’un mollet et de sa chaleur bienveillante. Mais seul le vide pour s’offrir à lui, et soudain prise d’un doute affreux, une main suis le même mouvement, explorant les alentours d’un soyeux oreiller bien trop lisse pour qu’une tête l’ait un jour foulé.
Alice se redresse dans un sursaut où se mêlent terreur, panique et effroi. Les yeux encore mi-clos, peinant à s’accoutumer à cette éclatante lumière que l’astre diurne ne cesse de déverser dans la tour; elle observe ce lit qui n’accueille d’autre vie que la sienne.

La tour… une tour ? Non, sa tour ! Cette même tour qui fut l’hôte de ses mornes jours, en ces temps lointains où elle était humaine. D’ailleurs, qu’était-elle désormais ? Elle était née dans l’Abysse, avait vécu dans le monde des hommes, avait été une humaine parmi les autres, mais condamnée à en vivre éloignée, recluse. Puis la mort l’avait emporté jusqu’au fond de l’Abysse, où elle était devenue une chain, usurpant un pouvoir qui ne lui appartenait pas. Ramenée dans le monde des humains par un contrat, puis renvoyée dans l’Abysse à la fin de celui-ci après avoir été dépossédée de ses pouvoirs de chain, elle était de retour, encore et toujours, dans le monde des vivants, ramenée par Oz. Un cycle de mort et de renaissance, telle une danse sans fin qui ne cesse de tourner, comme un rêve au sein d’un rêve... Qu’était-elle donc ? Une humaine ? Mais elle était morte humaine, et était revenue de l’Abysse sur contrat, ce qui faisait d’elle une chain. Une chain ? Mais elle n’avait plus aucun pouvoir et était une fille comme les autres, capable de saigner si on la blessait, voire d’en mourir.

Ce n’était pas la première, ni la dernière fois que cette question surgissait dans son esprit, mais jamais aucune réponse convenable ne se présentait à elle. Décidant pour l’heure de remettre cette question de côté dans un coin de sa tête, elle quitta sa couche, afin de tenter de comprendre ce qui l’entourait.

Cette tour… Cette tour appartenait au passé; un lointain et douloureux passé que la jeune fille aimerait pouvoir oublier…

Non !

Elle avait lancé ce refus à pleine voix, donnant un ordre à sa propre personne.

J’ai déjà voulu oublier mon passé, et je l’ai fait. Puis une fois que j’avais oublié, j’ai oublié pourquoi je désirais oublier, et j’ai voulu me rappeler. Maintenant que je sais, je ne dois plus oublier, mais simplement apprendre à ne plus y penser.

Elle extériorisait cette pensée en la formulant à voix haute, comme pour lui donner la même force qu’elle avait mit dans cette négation qui avait précédé ladite déclaration. Son passé était déjà bien lourd, mais les récents évènements étaient venus y ajouter une charge supplémentaire. A présent, elle devait avancer avec ce poids. Oz serait là pour l’aider, elle le savait, mais lui-même traînait également un lourd fardeau, elle souhaitait donc éviter de trop lui en demander.

Avancer, ne plus penser à toutes ces tragédies… Il était plus facile de le dire que de le faire, quand elle pouvait encore se retrouver au réveil dans cette maudite tour qu’elle détestait plus que tout. D’ailleurs, était-elle réveillée ? Cette tour n’était plus depuis fort longtemps, depuis ce jour où elle s’était donné la mort devant Jack. Jack…

Il avait été son sourire, son bonheur, son espoir; mais il était désormais le boucher, la cause de la tragédie de Sabrié, la raison de son suicide, et la source de tous les malheurs d’Oz. Elle le détestait, ou tout du moins, elle voulait le détester. Mais alors, pourquoi son cœur battait-il si fort à sa simple pensée ? Certes, en cette époque reculée où elle vivait cloîtrée en haut de sa tour, il était celui venu la sortir de son ennui. Il lui avait apporté le monde, comme on apporte une salvatrice bouffée d’oxygène à une victime de noyade, et dès leur rencontre, les jours de la demoiselle n’avaient été faits que de minutes passées à compter le temps qui la séparait de la prochaine visite de cet homme dont elle voulait être toujours plus proche. Mais ça, c’était avant…
Avant qu’elle ne se rende compte qu’elle n’était pas celle qu’il désirait voir lorsqu’il lui rendait visite. Avant qu’elle ne se rende compte des sévices qu’il avait infligé à son lapin Oz. Avant qu’elle ne se rende compte de ce qu’il s’apprêtait à faire, et ne se donne la mort pour empêcher ce fou d’accomplir ses sinistres desseins.

Malgré tout cela, même si elle voulait le détester de tout son cœur, celui-ci gardait en lui une part qui était dévolue à cet homme. Quelques soient les méfaits qu’il avait commis, et les mensonges qu’il lui avait servi pour se servir d’elle, les joies et les rires qu’elle avait connu grâce à lui avait été, eux, bien réels, et laissaient en elle des traces qui jamais ne disparaîtraient. Oui, il restait en elle cette sorte de mélancolie de ces temps insouciants, avant la dure vérité. Mélange d'insouciance enfantine, et d’aveuglement dû à l’amour, cette époque, suivie de tant de désarroi, gardait encore à l’heure actuelle pour Alice une indélébile saveur douce-amère… avec un arrière coup de culpabilité. Elle se sentait coupable envers Oz, qu’elle aimait plus que tout. Elle vivait ce petit reste d’affection envers le Jack idéalisé de son enfance, comme une trahison du lien qu’elle avait aujourd’hui avec son jeune blondinet.

Tu l’aimes ?

Intempestivement tirée de ses pensées, elle eu un bref mouvement de sursaut au son de cette voix si familière. Alice se retourna pour faire face à sa jumelle, si similaire, mais pourtant si différente. Celle de la surface portait jadis de longues robes de dame, avec d’amples froufrous ne laissant rien voir de ce qui devait être tu. Sa longue chevelure châtain foncée tombait sur ses épaules en une cascade d’ombres venant se fondre dans les replis de sa toilette, alors que quelques mèches rebelles venaient de temps à autres tenter de cacher le pourpre de son magnifique regard.  Sa pareille des profondeurs, partageant les mêmes traits, les mêmes courbes, la même beauté sauvage, mise en exergue par ce même regard teinté de violet, s’en différenciait avant tout par la couleur de ses cheveux. Coiffés de la même manière que ceux d’Alice, avec les mêmes épis et les mêmes mèches rebelles, les cheveux d’Alysse étaient d’un blanc quasi-ineffable relevé d’ombres bleutées, qu’accompagnait à la perfection sa tenue immaculée, qui, contrairement à celle de sa sœur, peinait à cacher la peau de pêche de la volonté d’Abysse.
Semblables jusque dans leurs différences, les deux sœurs ne partageaient cependant pas la même personnalité; Alice était d’un naturel joyeux et insouciant, sans gêne ni tact, alors que sa double des tréfonds, rendue à moitié folle par la solitude, était plutôt du genre mélancolique, avec une forte tendance au psychédélisme et des accès momentanés de psychopathie.

Que fais-tu ici ? Ou plutôt, qu’est-ce que moi j’y fais ?

A ces questions, Alysse rit aux éclats. Ses effusions passées, elle reprit la parole, en s’approchant lentement de sa sœur. Le rythme de ses pas calqué sur celui de sa voix, elle semblait ruisseler sans effort, alors que ses mots semaient le trouble dans leur auditrice:

Ici !? Mais Sommes-nous ici ? Ou ailleurs !!

Alice entreprit de reculer, sans trop savoir pourquoi, mais lors d’un battement de paupières, son double disparut de son champ de vision.

Alors !? Dis, dis !! Tu l’aimes ?

Les mots furent susurrés à l’oreille d’Alice par son autre, située juste dans son dos. Elle eut beau faire immédiatement volte-face, son regard ne rencontra rien d’autre que le vide.

Allez, réponds !! Ne me fais pas languir !

Les mots, ponctués de rires enfantins, étaient venus par le côté, où Alice vit sa sœur se tenir debout contre… le mur ! A bien y réfléchir, elle réalisa que c’était le sol où elle se tenait qui n’était pas horizontal, mais vertical, ou peut être était-ce encore autre chose. Elle ne savait plus, tout cela ne voulait rien dire. Elle cessa de s’occuper de ces futilités, et prit le parti de demander:

Qui ? De qui parles-tu ?

De nouveau, le rire d’Alysse retentit, alors que celle-ci tournoyait, encore, et encore, singeant les pas d’un ballet à la chorégraphie mal réglée et connu d’elle seule. Finissant sa folle gymnastique sur le lit dans lequel dormait sa sœur quelques minutes plus tôt, elle lança sur celle-ci un regard malicieux, teinté d’une touche de folie que ne remarqua pas Alice sur le coup, puis reprit la parole:

De qui pourrais-je bien parler ? Qui pourrais-tu aimer ? Le sais-tu seulement toi-même ?

Alice s’apprêtait à répondre, mais les mots jamais ne sortirent de sa bouche. La vérité profonde derrière la question, pas celle de sa sœur, mais la sienne, ce “qui”, venait de l’atteindre de plein fouet… Le simple fait de poser cette question avant même d’avoir réfléchit, montrait l’étendue de cette faille en elle. Alice d’aujourd’hui, aimait Oz, et voulait être près de lui, mais Alice d’antan, aimait Jack, et voulait l’avoir près d’elle. Seulement voila, Alice d’aujourd’hui et celle d’antan, sont une seule et même personne…

La jeune fille, son esprit pris dans cet étau de supplice, s’était prostrée dans un coin de la pièce, et semblait sur le point de se briser en mille morceaux. C’est alors que la voix de sa jumelle, cette fois calme et sérieuse, reprit sur un ton légèrement accusateur:

Aimes-tu Jack, ou aimes-tu Oz ? Mais Oz à désormais le corps de Jack… Alors, aimer Oz, n’est-il pas une manière détournée d’aimer Jack ? Tu t’es longtemps prise pour ce que tu n’étais pas, usurpant les pouvoirs de B-Rabbit, et recherchant tes souvenirs perdus. Maintenant que tu as récupéré ce qui te revenait de droit, et perdu ce que tu n'étais pas censé avoir, que penses-tu pouvoir accomplir? Au final, même en ayant récupéré tes souvenirs, tu n’es toujours pas capable de savoir qui tu es, ni même ce que tu ressens. Une coquille vide et brisée, voila ce que tu …
_Assez !! Tais-toi !! Je ne veux plus t’entendre !!

Mais la Volonté d’Abysse continuait son discours, ne semblant pas même prêter attention à l’état second dans lequel avait sombré Alice. Toujours prostrée, celle-ci était en larmes, et son corps agité de spasmes, dûs sans aucun doute à un état proche de la crise de nerfs.

...c’est comme ce pauvre chat. Il t’aimait tellement, et tu as tant pleuré lorsque Vincent lui à lacéré les yeux... Mais y repenses-tu quelques fois ? Non… bien sûr que non ! Il ne reviendra plus te tenir compagnie, alors pourquoi…

Alice, littéralement méconnaissable, se mit soudain à hurler -et le mot est faible !-, d’un hurlement tout d’abord déchirant, mais qui, avec le temps, pris une sonorité quelque peu… inhumaine. Alors que la jeune femme extériorisait peine, colère, détresse, et sûrement tout un tas d’autres sentiments parmi les moins agréables, le décors, et tout ce qui le composait -murs, meubles, rideaux, tentures, absolument tout- commença à se fissurer, puis se désagrégea lentement. Tout eut bientôt disparu autour d’Alice, même sa sœur, et la jeune fille demeurait seule au milieu d’un abîme de ténèbres, tombant lentement en direction d’un grand espace circulaire, fais de morceaux colorés à la manière d’un puzzle, et semblant représenter une image que la demoiselle ne reconnu pas totalement. Se trouvaient sur ce disque, ce qui, elle en était persuadée, étaient des représentations de sa sœur et d’elle, avec entre les deux, une troisième silhouette, leur ressemblant énormément, mais n’étant ni l’une ni l’autre. Aux pieds de celle-ci, les portraits miniaturisés de Jack, d’Oswald et du fameux chat, avaient l’air d’attendre calmement que l’une des trois demoiselle leur offre son attention. Le haut de la fresque était quant à lui consterné de signes, possiblement ésotériques, qu’Alice ne reconnaissait pas, flanqués de deux images circulaires représentant la tombe de Lacie, la mère des deux jumelles, et la montre de Jack. A la vue de ces éléments, tout devint clair, et la demoiselle en pleurs, qui terminait sa chute comme l’aurait fait une plume, comprit que la silhouette centrale, était celle de sa Maman…


***

Nostalgie… Un endroit secret, oublié depuis un siècle, masqué par une dalle de granit vient d’accueillir un hôte de prestige. Par l’ouverture inopinée créée lors d’un effondrement, un rai de lumière vient éclairer le balai d’une poussière dansante. La nature a depuis longtemps repris ses droits en ces lieux où seule une pierre tombale prouve qu’ils furent jadis habités. Sur une branche de cette croix mortuaire, une montre à gousset, d’aspect très ancien, pend, inerte, attendant qu’une main vienne la délivrer de son gibet. Elle offrira une splendide mélodie, quoi que teintée de mélancolie, à celui qui remettra son temps en route. Nostalgie…

Il y avait bien longtemps qu’Oz n’avait plus pensé à cette scène. D’ailleurs, y pensait-il ou en rêvait-il ? Dormait-il ? Il ne le savait pas, et peu lui importait de le savoir. La vision de cette scène avait fait remonter en lui de nombreux sentiments, dont le deuil. Au moment de la découverte de ce lieu, Oscar, l’oncle du jeune garçon, était encore en vie, et avait encore bien des années à vivre. Alors qu’à présent… L’oncle était décédé, et ce pour protéger Oz, qui ne parvenait pas à effacer ce terrible sentiment de culpabilité qui s’insinuait en lui chaque fois qu’il repensait à cette tragique histoire. Bien sûr, tout le monde n’avait eu de cesse de lui répéter à quel point il se trompait, qu’Oscar avait fait son choix de lui-même, donnant sa vie pour qu’Oz poursuive la sienne. Mais sa vie… n’était pas sa vie. Et donc, pour Oz, son oncle s’était fait avoir, en procédant à un marché biaisé depuis le départ. Une larme, lourde de tourments et de regrets, roula sur la joue du jeune homme…

Tentant de chasser la peine qui menaçait de le submerger d’un instant à l’autre, Oz décida de se concentrer sur des souvenirs joyeux, plutôt que sur ceux chargés de malheurs. Vint d’abord à son esprit l’image d’Alice, mais la tentative était vaine; se remémorer les joies vécues avec la jeune fille ne faisait que lui donner plus envie d’être près d’elle, ce qui s’avérait pour le moment impossible. Son second choix fut Gilbert, et défilèrent dans la tête d’Oz des images d’un autre temps. Un temps d’insouciance, durant lequel il prenait plaisir à tourmenter Gilbert au cours leurs jeux d’enfance. L’idée fonctionnait, la peine perdait du terrain, jusqu’à ce que les images changent d’époque.

Lors de la terrible cérémonie de passage à l’âge adulte qui vit Oz être jeté dans l’Abysse par les Baskerville, Gilbert fut grièvement blessé. S’interposant entre la lame d’Oz et celui venu condamner ce dernier, le serviteur frôla la mort, par la faute du blondinet. Bien des années plus tard, durant l’affrontement final avec Glen Baskerville, Gilbert dû se résoudre à abandonner son bras afin de protéger son vieil ami. Encore une fois, Oz ne devait sa vie qu’au prix du sang d’autrui, et le malheur semblait devoir frapper à la porte de tous ceux qui demeuraient à ses côtés.

Maudit soit Zai Bezarius, le père d’Oz, qui fut celui-là même qui jugea son fils coupable d’exister, et l’envoya passer l’éternité en Abysse pour toute pénitence ! Maudits soient les Baskerville et leur maître Glen ! Et maudite soit sa propre vie. Son père l’avait toujours haïs, il n’avait fait qu’attirer la souffrance sur ceux qu’il aimait, et son propre corps ne lui appartenait pas, pas plus que sa vie n’était une vie.

Il en venait souvent, ces derniers temps, à maudire sa propre existence, se tenant pour responsable de tous les maux que le monde avait connu ou failli connaître durant cette dernière décennie. Mais cette fois était différente, et sans qu’il sache pourquoi, il sentait en ce moment que ses mots avaient le pouvoir de rendre son souhait réel, et d’effacer toute trace de lui de la surface du monde. C’est alors que la voix d’Alice retentit dans son esprit; une phrase, gravée en lui, parmi le nombre de ses précieux souvenirs de la jeune demoiselle:

Oz, si personne ne t'accepte, renonceras-tu à exister ?

Alice avait eu raison ce jour-là; il devait d’abord s’accepter, avant de se faire accepter du monde. Oz ouvrit les yeux, et quiconque eut été en face de lui à ce moment, aurait vu l’éclat de sa résolution faire flamboyer son regard. Mais personne ne se trouvait en face du garçon, et d’ailleurs, ce dernier ne semblait se trouver nulle part. C’est en tous cas l’impression qu’il eut… Autour de lui, tout n’était que ténèbres bleutées, sans mur, sans paysage, sans décors, sans lumière. Mais pourtant, il pouvait voir aussi bien qu’en plein jour. Debout sur un grand disque coloré bordé de noirs abîmes, il était persuadé, à la vue de l’agencement des carreaux de couleur, que l’ensemble formait un dessin le représentant, entouré des membres de sa famille, ainsi que de ces satanés Baskerville. En parcourant la surface du vitrail, il reconnut également la silhouette gracile de Sharon Rainsworth, le visage de Gilbert étant enfant, ainsi que la tombe de Lacie, et la fameuse montre à gousset de Jack. Oz regretta de ne pouvoir observer l’ensemble avec plus de recul, persuadé que le tout, de fort belle facture, devait être magnifique à admirer. Il eut certes été plus logique qu’il commence par se demander la raison de tout ceci, mais il avait acquis au cours de sa misérable existence cette faculté d’accepter toute chose telle qu’elle était. Et c’est exactement ce qu’il faisait ici: plutôt que de se demander pourquoi il se trouvait debout sur ce cercle bigarré cerné de vide, il acceptait ceci comme un fait anodin, et préférait profiter du spectacle.


Cependant, la raison de sa présence en ce lieu était loin d’être si anodine qu’il l’eut désiré, et un craquement derrière lui le poussa à tourner le regard, afin d’en chercher la source. Parmi les nombreux motifs de ce vitrail, le portrait de Gil’ le représentait enfant, souriant sincèrement, d’un sourire qu’Oz aurait voulu ne jamais voir s’effacer. Toutefois, même ici, le bonheur n’était apparemment pas au rendez-vous du jeune noble, et le portrait de son ami présentait une fâcheuse crevasse, comme une cicatrice tirée en plein milieu de son visage rayonnant. Des voix résonnèrent alors, qu’Oz reconnut presque immédiatement. Il pouvait clairement discerner les Baskerville au grand complet; Lottie, Doug, Fang, et même Zwei. Les portraits des quatre serviteurs de Glen discutaient… entre eux !

Un enfant tel que lui n’aurait jamais dû exister !
_Pourquoi est-il revenu du fond de l’Abysse !?
_Sa place est là-bas !
_Il amènera le malheur…

Chacune de ces allégations fut comme une lame reçue en plein cœur pour le jeune homme. Chaque phrase faisait écho à l’un de ses sentiments les plus profonds, et donnait forme à tout ce qu’il avait de peine et d’incertitudes en lui. Oz vacillait, comme s’il avait été frappé de plein fouet par quelque coup violent, mais le pire vint lorsque retentit la voix que Gilbert:

“_Le jeune maître s’est toujours joué de moi, me tourmentant pour son amusement. Puis il m’a fendu d’un coup d’épée comme l’on jette un jouet dont on a plus l’usage…

La voix de l’enfant devint à ce moment celle du Gil’ adulte, alors que l’accusation se poursuivait:

“_Je t’ai toujours servi, supporté, protégé. Et que m’as-tu apporté ? Un bras en moins, la peine, la souffrance, et la solitude. Voici ce qu’il reste de moi, grâce à toi…

A ces mots, le portrait de Gil se brisa en mille morceaux. Au même instant, le visage d’Oscar, l’oncle d’Oz, prit la parole, alors que de ce temps les Baskerville continuaient leur débat:

Raven était à l’origine l’un des nôtres. Il a trahit Maître Glen pour ce bon à rien d’Oz Bezarius…
_Non, Oz tout court”, interrompit alors le portrait de Zai Bezarius, s’exprimant pour la première fois depuis le début de la conversation.
Je ne tolérerai pas un instant de plus de voir cette chose déshonorer le nom des Bézarius. Mon frère est mort par sa faute !

Cette dernière phrase vint faire écho à celle d’Oscar:

Oz, je suis mort par ta faute, mais ne va surtout pas croire que je te protégeais. Non, ne va pas t’imaginer ceci ! Tu as ruiné ma vie, ne ruine pas ma mort ! Je suis mort à cause de toi, pour protéger Ada, pour protéger mon sang !

Les mots d’Oscar résonnaient dans l’esprit d’Oz: “...mort par ta faute ! Je suis mort par ta faute !” Le jeune homme tomba à genoux, ses mains tentant de boucher ses oreilles, tentant de le mettre hors d’atteinte de ces maux qui l’assiégeaient, une assertion après l’autre. Des larmes, faites d’acide, ruisselaient sur ses joues, brûlant sa peau sur leur passage, et y creusant des sillons de remords. Soudain, devant lui, dressé tel une divinité devant qui le pénitent n’est rien de plus qu’un peu de viande à terre, le père d’Oz, Zai Bezarius, mit une main sur le front du jeune homme, et prit la parole. Sa voix, chargée de pouvoir, en disait long sur la haine et la répulsion que portait chacune de ses paroles à l’attention de son fils bien détesté:

Oz Bezarius, moi qui porte la chaîne de la condamnation, je vais maintenant procéder à ton jugement.

La scène avait un air de déjà vu, et ces mots, gravés à jamais dans la mémoire d’Oz, ces mêmes mots qui le terrifièrent jadis, lui apportèrent ici une forme de réconfort. Ainsi donc, son pater était venu finir ce qu’il avait à l’époque commencé. Qu’il en soit ainsi, que tout cela se termine…

Je te déclare coupable du crime… d’exister !

Le garçon ferma les yeux, et le décors autour de lui devint silencieux. Il se sentit chuter, lentement, interminablement, vers les profondeurs de l’oubli. Plus que tout, dans l’instant, il désirait oublier; oublier les affres de sa vie, oublier les souffrances que tous avaient subit de par sa simple présence… Il souhaitait tout oublier de son existence.

***

Le vide l’engloutit, retentissant de silence.

Oz…

Et voila qu’il tombait dans l’abîme,  qu’il s’enfonçait dans l’ombre et la brume, effaré.

Oz…

Et le petit précipité, offert à la nuit éternelle, foudroyé, allait d’une chute morne et silencieuse, sinistre et tiré par le poids de son crime.

Oz…

Une voix l'appelait. Une voix féminine et douce.

Oz… Ouvre les yeux.

Il entendait cette voix pour la première fois, mais elle avait cependant pour lui quelque chose d’étrangement familier, et il la ressentait empreinte d’une grande tendresse.

Alice a besoin de toi. Ou serais-tu prêt à l’oublier elle aussi ? Ouvre les yeux, et ne crains rien, car je veille sur toi...

Il sentait une vague d'émotions l’envahir. A mesure que s’insinuaient dans son esprit les mots de cette femme inconnue, Oz sentait les sentiments de celle-ci déferler en lui. De la tendresse, mais aussi beaucoup d’espoir.

... comme je veille sur tous mes enfants.

En entendant ces derniers mots, le jeune homme fut soudain conquis par une agréable et inexplicable sensation d’harmonie qui fit poindre en lui une confiance qu’il n’avait que rarement connue. Confiance en lui-même, mais aussi et surtout confiance en sa destinée. La voix se fit entendre une dernière fois, et Oz comprit à l’écoute de ses dernières paroles, qu’il s’agissait de la femme qui lui avait donné vie: Lacie;

Mon précieux, mon tout petit lapin…

Le blondinet se tenait à présent debout sur un nouveau disque de couleurs, formant, comme le premier, un vitrail bigarré représentant visiblement Oz sous l’emprise de Jack. Les portraits familiers des acteurs des évènements de Sabrié cernaient les deux jeunes gens, semblant observer la scène et attendre son dénouement, les uns avec le sourire, les autres avec un air perplexe, et les derniers avec une moue d'indifférence. Entre ces portraits, se trouvaient ça et là des espaces circulaires abritant des signes à la signification inconnue du jeune homme. Contrairement au vitrail précédent, qui présentait un agencement de coloris bien mariés, celui-ci arborait des couleurs s’accordant bien mal les unes avec les autres, et il ressortait indéniablement du tout une forte impression de “dérangement”.


Alors qu’Oz observait ce nouvel assemblage, la voix de Jack se fit entendre en lui:

Les ténèbres approchent… petit lapin.

La moquerie des derniers mots n’eut guère d’effet, Oz n’y prêtant d’attention, accaparé par ses contemplations, dont il ne fut tiré que lorsque des ombres surgirent des cercles ne contenant pas de portraits. Ces dernières, commençant à se mouvoir, prirent rapidement la forme de petits bipèdes humanoïdes, à la tête surmontée d’étranges antennes, et au mains terminées par des griffes acérées. Oz n’eut pas à attendre qu’elles attaquent pour comprendre leur hostilité, et sorti donc son pistolet dès leur apparition. La poudre s’exprima, et l’une de ces créatures disparut dans un nuage de ténèbres. Ses congénères cependant encerclaient déjà Oz, qui manqua sa seconde cible, gêné par la proximité de celle-ci. Un coup de main griffue le désarma, et alors qu’il reculait, un autre de ses ennemis lui lacéra le dos. Le garçon-lapin se saisit alors du sabre de cérémonie pendant à sa ceinture, et en asséna un coup bien senti, tranchant net un bras ténébreux qui s’était aventuré un peu trop près de sa personne. Il para de justesse l’attaque d’une troisième bestiole, mais se fit encore une fois surprendre par celle située derrière lui, qui le mordit au mollet. Une lueur meurtrière apparut soudain dans les yeux d’Oz, qui devinrent rouge sang, scintillant comme la braise au cœur d’une âtre. L’air devînt lourd, se chargeant d’électricité, alors que la zone toute entière semblait s’emplir d’un incommensurable pouvoir. Bientôt Oz fut engloutit dans un maelström de ténèbres, alors que ses assaillants lutaient contre la pression d’un pouvoir écrasant, afin de simplement se tenir debout. La première à subir ce pouvoir fut celle qui s’accrochait depuis quelques secondes maintenant au mollet de celui qui avait désormais l’apparence d’un énormissime lapin noir, flottant dans les airs, assis sur une faux encore plus grande que lui… La misérable créature disparut, simplement, sans même être attaquée, sans même subir quelque magie. Elle s’évanouit, dissoute dans l'atmosphère, consumée par le terrifiant pouvoir qui emplissait à présent toute la zone de combat. Les autres suivirent une à une, tombant en poussière à l’approche du lapin qui n’avait toujours pas esquissé le moindre mouvement. Mais déjà une nouvelle ombre se formait, d’une taille colossale. Mesurant plus de deux fois la hauteur du lapin -qui était déjà lui-même un géant-, ce nouvel adversaire ne semblait pas gêné par la terrible pression que la simple présence de B-Rabbit faisait peser sur la scène. Le titan d’ombre envoya son point s’écraser sur le dandy aux longues oreilles, toujours assit, jambes croisées, sur sa faux flottant à plus d’un mètre du sol. L’attaque était puissante, l’attaque était lente. Elle fut esquivée sans l’ombre d’un danger, et l’arme du lapin décrivait déjà un arc-de-cercle meurtrier en direction de son ennemi. Le coup, puissant, tailla net, et la faux s’enfonça profondément dans l’épaule du titan d’ombre. Cependant, si profond était-elle implantée dans la chair du monstre, que le lapin ne put l’en ôter assez rapidement pour empêcher sa victime de lui balancer une spectaculaire giffle, qu’il évita in-extremis en lâchant sa faux à contre-cœur.

Le colosse arracha l’arme de ses chairs, et, armé de celle-ci, lança immédiatement une nouvelle attaque contre le lapin noir. L’idée n’était pas des plus heureuses, et la faux disparut littéralement des mains de l’ombre pour se rematérialiser dans celles de B-Rabbit, qui sectionna aussitôt le bras ennemi, entraîné par son élan offensif. Des chaînes aux maillons épais, terminées par des pointes, apparurent au même instant, et fondirent sur le manchot, le transperçant de part en part, pendant que leur propriétaire taillait à grand coup de faux, comme on coupe le gui à la serpe. Le titan semblait perdu, mais à cet instant, l’impensable se produisit: la faux disparut, les chaînes avec, et le corps du lapin se rabougrit jusqu’à reprendre l’apparence du jeune freluquet aux cheveux dorés. Ce dernier, chutant lourdement au sol, toussait, suffoquait, et présentait les symptômes d’un évident surmenage.

Oz se releva péniblement, alors que le titan semblait, lui, luter juste pour ne pas s’écrouler. Dans l’esprit du jeune garçon, la voix de son ancêtre résonna une fois de plus:

Tu n’es plus en état de te battre. Laisse-moi faire !

Oz se sentit comme happé, jeté au fond d’une cellule, faite de son propre corps, dont Jack venait de prendre possession. Se saisissant du sabre de cérémonie, le nouveau venu se rua sur le titan agonisant, qu’il frappa de toutes ses forces, visant les endroits déjà affaiblis par les coups de B-Rabbit. Une fois, deux fois, trois fois, la lame s’abattit. Mais jamais la chose ne s’effondrait. Dans une ultime tentative de faire le mal, le sans-cœur tenta un maladroit coup de tête en direction du jeune homme, mais Jack fit un pas de côté juste au bon moment pour voir l’énorme tête filer vers le sol, entraînée par son élan, que ne pouvait retenir le colosse affaibli. Jack leva son sabre, et, mettant toute sa force et son poids dans le mouvement, l’abattit sur la nuque de l’ombre, dont la tête roula pitoyablement à terre. Le sans-cœur se disloqua dans un nuage de poussière noirâtre, dont s’envolèrent des sortes d’orbes lumineuses, produisant, par leur contraste avec le nuage d’ombre, un spectacle des plus agréables à voir.

Satisfaction bien éphémère, car une autre ombre pointait déjà le bout de son nez. Jack n’attendit cependant pas de voir à quoi elle ressemblerait, et se jeta sur elle. Alors que la masse noirâtre demeurait encore informe, un bras en jaillit, tenant un sabre semblant une exacte copie de celui d’Oz, excepté faite de sa couleur, aussi noire que la plus sombre des nuits. Les deux armes s’entrechoquèrent, et Jack n’eut que le temps de bondir en arrière, sous le coup de la surprise, évitant ainsi de peu une contre-attaque qui l’eut sectionné en deux sans ce prodigieux réflexe. La masse finit par prendre forme, et l’aspect final déconcerta quelque peu Mr. Bezarius, qui se trouvait nez à nez avec une réplique d’Oz, ayant la couleur de l’encre et des yeux d’un jaune à l’éclat surnaturel.

L’ombre passa immédiatement à l’attaque, taillant, perçant, frappant de droite, de gauche, par le haut comme par le bas. Jack parait, esquivait, et reculait, encore et encore, perdant du terrain. Des chaînes similaires à celles de B-Rabbit, mais teintées de ténèbres, jaillirent alors autour de la sombre copie, et s’emparèrent du noble, qui ne put rien faire d’autre qu'émettre un hoquet de surprise en laissant choir son arme. L’âme de jack se sentit repoussée par le contact de ces chaînes noires, et la conscience d’Oz Bezarius eut de nouveau place dans son corps, tandis que la voix de Jack s’insinuait en lui:

"Après avoir passé de nombreuses épreuves, tu espérais profiter d’une vie paisible, et te voila pourtant décidé à sauver les mondes... Penses-tu réellement pouvoir y arriver en te reposant sur le pouvoir de B-Rabbit ? Si oui, alors c’est le moment de montrer de quoi tu es capable !

_Le pouvoir de B-Rabbit n’a jamais rien sauvé ni protégé. Il n’est fait que de destruction et d'annihilation. Je ne sauverai jamais rien en me reposant sur lui. Mais pour l’instant, anéantir de cette sombre imitation me suffira !"

La métamorphose eut de nouveau lieu, et Oz redevînt le lapin noir ensanglanté, brandissant sa monstrueuse faux, et fendant l’air de ses chaînes. Seulement, tout n’était pas si simple; la faux fut parée par un vulgaire sabre de cérémonie, les chaînes se retrouvèrent immobilisées, empêtrées par leurs sombres copies, et l’instant d’après, Oz sentit vaciller en lui toute l’essence du pouvoir de B-Rabbit, comme la flamme d’une bougie menace de s'éteindre, soufflée par le vent. Il fit un dernier effort pour libérer une vague de son pouvoir si dévastateur, puis perdit connaissance sous le contrecoup de l’effort.

***

C’est avec légèreté et délicatesse qu’Alice atterrit sur cette sorte de vitrail représentant sa sœur et elle même avec leur mère au milieu. Cette dernière tenait dans ses bras ce que la jeune fille reconnut comme une peluche de lapin noire; Oz ! La présence de Jack, Oswald et Cheshire juste au dessous des trois dames complétait le tableau, et tous ceux qui comptaient jadis pour le trio de demoiselles étaient ici réunis. Curieusement, une étrange atmosphère se dégageait de l’ensemble, comme si les portraits présents sur ce décors, étaient emplis des émotions de leurs personnages. Ainsi, Cheshire semblait attendre patiemment l’attention d’une des filles, alors qu’Oswald semblait égal à lui-même, veillant à distance au bien-être des princesses. De ce temps, Jack caracolait en arborant son éternel sourire charmeur et son irrésistible radiance.

Un détail frappa soudain l’attention d’Alice; le vitrail représentait les deux sœurs yeux grands ouverts, regards fixés vert le haut, comme perdues dans de lointaines pensées, alors que leur mère avait les yeux clos. Le tout donnait aux sœurs un air de mélancolie, alors que la figure centrale arborait une expression de profonde sérénité. La jeune fille était en train d’observer les visages, lorsque celui de Lacie ouvrit soudain les yeux, prenant la parole sur un ton calme:

Même dépossédée du pouvoir de l'abysse, es-tu prête à tout pour aider Oz dans la quête qui l’attend ?

Si la destinataire de cette question aurait pu, de prime abord, se montrer surprise de se voir adresser la parole par un bout de verre, la seule chose qui retînt en fait son attention fut la fin de la déclaration:

Quête ? Je ne sais pas de quoi tu parles, mais Oz n’a plus de quête, ni de mission… Il va rester avec moi, comme le fidèle serviteur qu’il est !

Vînt comme écho de cette déclaration, résonner la voix de Jack, dont le portrait venait de s’animer:

Serviteur…

Jack laissa échapper un petit rire de contentement avant de reprendre:

C’est cela, ce garçon, non, ce lapin, n’est qu’un serviteur. En vérité, c’est moi que tu aimes, n’est-ce pas ? Ça a toujours été moi !

A ces mots, le portrait se déforma, et bientôt, un Jack tout entier s’en détacha, approchant doucement d’Alice. Le cœur de la demoiselle, qui avait faillir défaillir en voyant le verre se déformer, battait désormais la chamade, à mesure que s’approchait le beau blond aux yeux d’émeraude. Jack ouvrit les bras, et vînt les placer autour de l’adolescente, qui déjà rougissait comme une pivoine.

Je n’ai pas eu l’occasion de te le dire, mais je t’aime également. Tu m’as tant manqué. Tout ce temps passé sans toi… Chaque seconde, j’ai cru mourir…

L’homme accompagna la fin de sa phrase d’un mouvement en avant. Ses lèvres fondaient en piquée sur celles d’Alice, qui restait interloquée de ces soudaines déclarations. Le contact était imminent lorsque la jeune fille, dans un éclair de lucidité, repoussa le galant, avant de prendre la parole:

Tu es beau Jack. Et tes mots le sont encore plus. Mais ils sont creux. Ils ne sont que du vent; tu n’es toi-même rien de plus que du vent. Une malheureuse âme perdue dont l’imposture est la seule raison d’exister. J’ai pu t’aimer, et sûrement plus encore, mais cela appartient au passé ! Rien ni personne, et surtout pas toi, ne se mettra en travers de ma relation avec Oz !!

Se fissurant, Jack se brisa comme du verre lors de cette déclaration. Il se répandit en mille morceaux, alors que l’emplacement qui avait accueilli son portrait se désintégrait également, laissant un gouffre béant dans la surface du disque coloré. Par ce trou descendait un escalier qui s’enfonçait dans les ténèbres environnantes, ne laissant aucune chance à quelque curieux de se faire une idée de sa destination. Ne voyant aucune autre issue, Alice, pleine de perplexité, quitta donc le disque de couleurs par ce seul passage qui lui était offert.

Je ne comprends rien à ce qui se passe ! Comment suis-je arrivé ici ? La vieille tour, puis ce vitrail, et ses personnages qui s’animent… Suis-je devenu folle ? Un rêve, cela doit être un rêve… Oui, ce n’est qu’un mauvais rêve, et je vais bientôt me réveiller… à côté d’Oz !

Quelques centaines de marche plus bas, la demoiselle avait eu loisir de réitérer sa réflexion un nombre de fois suffisant pour s’en convaincre. A son grand dam, l’escalier débouchait sur un autre cercle coloré, formant lui aussi un vitrail. Celui-ci représentait une nouvelle fois les deux jumelles, toujours similaires mais tellement différentes. Face à face, se tenant les mains, unies dans une posture miroir, ces nymphes semblaient devoir se contempler pour l’éternité avec un regard teinté d’affection, mais aussi d’une forme d’attente vis-à-vis de l’autre. Lacie, elle aussi présente, était cette fois reléguée en personnage de second ordre, rejoignant une pléthore de portraits de tailles variées, disposés en périphérie de l’image principale. Parmi ces portraits, se distinguaient en premier lieu Jack et Oz, du fait de leur taille légèrement supérieure aux autres. Les deux personnages étaient cernés d’un seau de contractant, rappelant le triste lien les unissant l’un à l’autre, mais aussi aux deux sœurs. Venaient ensuite, par ordre de taille, Lacie avec la peluche d’Oz, et Alice, durant sa période B-Rabbit, puis, Vincent et son frère Gilbert durant leur enfance. Enfin, représentés à la plus petite échelle, Oswald devenu Glen, Lévi et Break le jour de sa rencontre avec Alysse étaient présents.


Ce vitrail, dans son ensemble, semblait donc se rapporter au passé, comme en attestait le contexte dont étaient issus la plupart des portraits présents. La plupart, car, comme déjà dit, Oz était apposé sur l’ensemble de l’image avec la taille la plus élevée parmi les portraits, mais surtout, car il était aussi représenté subissant le pouvoir de B-Rabbit, cette fois-ci par une image ayant la plus petite taille parmi toutes les représentations de personnages. Cela ne manquait pas de mettre en relation tous les éléments visibles du passé, avec les conséquences actuelles pesant sur le jeune garçon, et l’ouvrage se faisait donc écho d’une peine inhérente à l’âme d’Alice, enfuie au plus profond d’elle-même. Penchée au dessus de la miniature représentant Oz aux prises avec B-Rabbit, la jeune fille murmura quelque excuse, à l’attention de celui qui ne pourrait l’entendre:

Toute cette souffrance que tu as dû vivre, par ma faute. J’ai été aveugle, et me suis laissée abuser par Jack, mais tu es celui qui a payer mes erreurs. Il aurait mieux fallu que je n’existe pas. Il aurait mieux fallu que Lacie n’existe pas ! Pardon, Oz !

Alice n’avait jamais parlé à personne de ce sentiment enraciné en elle, et l'extériorisait pour la toute première fois. Il lui arrivait, en effet, de souhaiter que toute son existence, et bien au-delà, l’existence de sa propre mère, de sa propre lignée, n’ai jamais eu lieu, évitant ainsi à sa peluche adorée la suite qu’elle a connu. Un bruit dans le dos de la jeune fille la fit sursauter. Faisant volte-face, elle vit trois étranges bestioles, petites, noires, avec deux globes jaunes en guise d’yeux, de drôles d’antennes au-dessus de la tête, et des petit bras frêles, terminés par de dangereuses griffes. Perdue dans ses pensées, elle n’avait pas remarqué le moins du monde l’arrivée de ces nouveaux protagonistes, dont elle se demandait d’où ils pouvaient débarquer. Une de ces créatures se rua soudain sur Alice, toutes griffes dehors, lui provoquant une vilaine entaille au niveau de l’épaule. Les deux autres ombres suivirent le mouvement, se préparant à attaquer la fille sans défense qui désormais se tenait à terre, les bras devant le visage, comme si cela pouvait la protéger de quelque chose. Résignée à l’impact qui ne manquerait pas d’arriver, elle lança un ultime adieu à son blondinet, sachant qu’il ne l’entendrait jamais:

Adieu Oz. Je t’aime !

Une seconde passa, puis deux, puis trois, et la jeune fille était toujours vivante. Abaissant sa protection de fortune, elle vit que les trois bestioles avaient disparu, et qu’à leur place se tenait, majestueuse et magnifiquement charismatique, Lacie, sa mère ! Cette dernière s’avança, aida sa fille à se relever, puis, gardant le bras blessé d’Alice en main, elle dit:

Oz va bientôt se démener pour sauver l’ensemble des mondes. Quels efforts es-tu prête à faire afin de ne pas devenir un fardeau pour lui ?

L’adolescente demeura un instant immobile, figée par cette question, puis prit la parole:

Encore cette histoire ? Je l’ai dit toute-à-l’heure: Oz n’ira nulle part, et ne prendra plus de risques. Il va rester sagement à mes côtés, et nous passerons notre temps à nous aimer sans nous occuper du reste du monde !

La fille était déterminée; la mère sourit. Lacie posa à terre la peluche d’un petit lapin noir, puis, se redressant, déclara le plus mielleusement du monde à sa descendante:

Tu es ma fille, mais je suis celle qui à donné la vie à ce lapin, et qui te l’a offert. Cela en fait en quelque sorte un de mes enfants… Montre-moi donc la force de ta résolution, montre-moi comment tu empêcheras Oz de partir suivre son destin !

Sur ces mots, la peluche se mit à grandir à une vitesse prodigieuse, et ses yeux devinrent rouges. Une faux apparut dans ses mains, et des chaînes se mirent à tournoyer autour de lui, sur qui était apparue une redingote rouge qu’Alice ne connaissait que trop bien. Le lapin était devenu Oz, mais pas Oz, le gentil blondinet… Oz le B-Rabbit !!

Donc, si je démolis cette peluche, tu laisseras Oz tranquille ? Hm ! Alors observe !!

Alice bluffait. Elle savait pertinemment bien que ses chances de vaincre étaient inexistantes, mais elle s’en moquait. Ce B-Rabbit n’était pas son Oz, et si le détruire pouvait être utile à son petit ami, alors elle irait jusqu’à mettre sa vie en jeu pour parvenir à ce but ! Elle se mit à courir aussi vite qu’elle le put, mettant toute son énergie dans une stupide charge, vite entravée par une chaîne enroulée autour de ses deux chevilles. Une autre chaîne vînt la clouer au sol, se plantant à un petit millimètre au-dessus de sa clavicule, après avoir transpercé au passage les vêtements de la jeune fille. Les chevilles ligotées et rivée au sol par sa veste, Alice ne pouvait déjà presque plus bouger. Ses bras toutefois restaient libres, et tentaient vainement de la libérer de ses entraves. C’est alors que le lapin géant asséna un coup du plat de sa lame, juste derrière la tête de l’impertinente, qui sombra alors dans les méandres de son inconscience…

***

Deux enfants s’éveillent… D’un sommeil qui n’en fut pas un, d’un sommeil forcé. Tournant le dos à l’océan de leur inconscience, deux âmes prennent le chemin de la lutte. Lui, luttera pour tous; elle, luttera pour lui. Et tous les deux sur le même chemin, iront vers le même lendemain.
Autour des deux tourtereaux, de menaçantes ténèbres emplissent l’espace de vide, ne laissant paraître du décors qu’un vitrail comme ceux que les jeunes gens ont pu contempler auparavant. Presque comme ces derniers en fait… Les vitraux jusqu’alors arpentés par l’un comme par l’autre étaient circulaires, alors qu’ici, il semblerait que deux de ces espaces ronds aient été accolés l’un à l’autre, formant ainsi le signe arithmétique de l’infini, souligné par l’agencement des divers et nombreux motifs composant l’ouvrage.

Une moitié de cet ensemble paraît dédié à Alice, placée au centre de cette partie de l’œuvre. La demoiselle est représentée inanimée, tout en noir et blanc, les chevilles liées par un ruban qui se mêle et s’entortille autour de la jeune fille. Ce ruban, brisé et déchiré de ça et là, se veut le seul élément de la représentation à s’habiller de couleur, en arborant une teinte rouge vive contrastant fortement avec le reste de la scène. Ce petit bout de tissus s’offre de plus le luxe d’être accompagné par endroits de roses faites du même rouge que ce dernier alors qu’une autre de ces fleurs est visible dans la main de l’enfant assoupie. L’image d’Alice est entourée par une fresque au sein de laquelle sont présents les vitraux qu’elle a rencontré précédemment, ainsi que ceux qu’Oz à foulé de son côté. Sont également reconnaissables dans cette fresque la plupart des étranges signes ésotériques que la jeune fille et le jeune homme ont eu loisir de découvrir jusque là, ainsi que de nouveaux vitraux représentant un lapin blanc et comme toujours, Glen Baskerville. Toujours dans la moitié de l’ouvrage destinée à la jeune fille, un encart circulaire met en avant plusieurs portraits de chains emblématiques de l’Abysse et des évènements des mois passés. Ainsi se présentent de dangereux protagonistes tels que la Reine de Coeur, Jabberwocky, Bandersnatch, Griffon, Doldum, le Loir, et même Cheshire !

De manière opposée, une moitié du vitrail se concentre sur Oz, dépeint dans des tons très rougeoyants, en train de se défaire d’étranges d’entraves. Armé d’une faux rappelant celle du B-Rabbit en plus petite, il lance par-dessus son épaule un regard à faire glacer le sang. L’ensemble de sa personne est encadré d’un fond à dominance magenta, tiré d’un des vitraux précédents d’Alice. Le lien avec la dulcinée du jeune homme ne s’arrête cependant pas ici, puisque dans cette partie également, un encart circulaire fait la part belle à certains chains parmi les plus connus de l’Abysse. Toutefois, le panache est ici particulièrement orienté sur les chains qui furent parmi les alliés du garçon. En position centrale de l’encart, trône ainsi B-Rabbit lévitant sur sa faux, entouré par le Lièvre de Mars, le Chapelier Fou, Raven, Dodo, Owl, et Eques.
Tout comme pour la partie de l’œuvre dédiée à Alice, le portrait d’Oz est cerné d’une ronde d’autres motifs, représentant pour la plupart divers vitraux, visiblement focalisés sur des personnes que ni Oz ni Alice n’ont jamais rencontré. Quelques autres portraits sont présents dans cette fresque, comme celui d’un vilain chat bleu, mais aussi des vitraux ne représentant personnes. Tous toutefois, sont de confection soignées, et ont dû faire l’objet d’une extrême minutie lors de leur fabrication.


Deux enfants s’éveillent... dans une fâcheuse posture; situés l’un et l’autre dans la partie du décors qui représente chacun d’eux, les deux compagnons se trouvent pieds et mains liés.
Pour Alice, la scène à des relents de déjà vu, ses liens comme sa posture étant en tout points semblables à ceux de son séjour dans la dimension de Cheshire. Oz, quant à lui, est retenu par d’étranges liens partant en tous sens et s’enfonçant dans l’obscurité alentour. Ces attaches, fort semblables à celles présentes sur l’illustration sous les pieds du jeune homme, présentent une lueur rouge sanglante des plus inquiétantes…

Deux enfants s’éveillent, liés et impuissants, et devant eux, le vide se donne formes. Sous les yeux écarquillés d’Alice, la masse imposante de B-Rabbit se matérialise, toute faite d’ombre, exception faite de ses deux lueurs rouge sang en lieu et place des yeux. Alors que devant Oz, son double d’ombre se matérialise déjà, comme pour demander un deuxième acte à leur combat.

Et vers Oz une ombre avance;
Et vers Alice une ombre avance;

Une lueur d’obscurité file à travers des cieux qui n’en sont pas; c’est une lame qui fuse, en direction de sa victime. Cette dernière est calme, résolue… mais pas résignée.

Car ses yeux n’ont cure de ce mal qui vient les trouver;
Car ses yeux ne voient que le danger qui Alice a trouvé;

Un lien se rompt, une attache se brise, un prisonnier se meut. Dans une atmosphère crépitante d'énergie, Oz, libérant son pouvoir, est parvenu, d’un bond, à franchir l’espace le séparant de sa mie.

Et voici que rouge dans le rouge;
Pour Alice c’est tout un chœur qui bouge;

Les faux s’entrechoquent, les chaînes s’entrecroisent, alors qu’en décousent deux gigantesques lapins noirs aux yeux de sang. De l’autre côté, une forme toute de noire faite, avec deux globes jaunes vifs pour tous yeux, s'élance pour rejoindre la partie. Mais avant même son arrivée, l’un des lapins vacille, et très vite, de l’imposante masse aux longues oreilles, ne reste que la silhouette d’un jeune freluquet essoufflé.

Et la jeunesse et sa gigue;
Cèdent devant la fatigue;

Alors qu’Oz titube sous le coup d’une incommensurable fatigue, ses deux opposants se ruent de concert dans un assaut final. L’énorme lièvre lève sa faux, et la sombre copie arme son bras pour un ultime coup de sabre. L’impact est inévitable, Oz le sait, Oz l’accepte. Fermant les yeux, le jeune garçon offre un dernier sourire à celle qu’il aime tant, et prend le sentier de la mort avec l’assurance d’offrir à sa chérie, pour dernière image de lui, celle d’un visage serein.

Quand du preux les genoux touchent terre;
Celui-ci sait qu'il n'y a plus rien à faire;

***

Que s’était-il passé ? Alice se souvenait avoir hurlé, en voyant les deux armes fondre sur la vie de son amant, et puis, rien. Trou noir. Il manquait un laps de temps dans les souvenirs d’Alice, et ceci expliquait certainement la difficulté que cette dernière éprouvait à comprendre de quelle manière avait pu se produire ce qui se passait devant ses yeux…

Concentration…

Oui, c’est bien ça. J’ai… j’ai poussé ce cri. J’avais peur. Peur de le perdre. Peur de ne plus l’avoir, d’être seule à nouveau. J’avais peur, mais j’étais aussi très en colère. A cet instant, j’ai voulu voir ses deux créatures mourir. Je voulais qu’elles disparaissent, pour qu’Oz puisse vivre.

Toute la détresse et la rage d’une jeune femme n’ont pas grand poids dans notre monde, ni dans un autre. Mais si cette jeune femme est la sœur de la volonté d’Abysse, ces même sentiments peuvent prendre un importance considérable, et avoir des conséquences assez inattendues. Citons par exemple le cas d’une telle demoiselle ligotée, qui, voyant l’homme de ses rêves sur le point de se faire découper devant elle, entre dans une crise où se mêlent colère, peur, défiance ainsi qu’une forte dose de peine accompagnée d’envies meurtrières. Parlons de cette aura particulière commençant alors à émaner de la dame oiselle; une aura si intense, qu’elle finit par en devenir visible à l’œil nu, de la même manière que la poussière dansant continuellement dans l’air nous est révélée par un rai de lumière.

Ainsi devant Alice dansaient des vagues d’un colossal pouvoir dont elle semblait être la source, bien qu’elle ignore comment. Plus étrange encore; cette aura continuait de forcir, et les vagues d'énergies qui s’en échappaient devinrent bientôt aussi puissantes qu’une houle de tempête. Déferlant sur les deux affreux qui s’apprêtaient à faire du mal à Oz, cette puissante les fit tressaillir, puis reculer. Un instant déstabilises, l’ombre et le lièvre se remirent rapidement en position, avançant de nouveau vers le jeune blondinet, mais celui-ci...

***

Les yeux fermés, attendant son destin funeste dans un calme olympien, Oz demeurait impassible. Ce serait rapide, il le savait. La rencontre de l’acier et de sa chair promettait une mort rapide, et quasi indolore. En effet, si le sabre le laisserait sûrement baignant dans son sang, observant dans d'atroces souffrances la mort étendre son voile sur lui, la faux du B-Rabbit, elle, le sectionnerait si rapidement, qu’il n’aurait pas le temps de sentir quoi que ce soit. Il trouvait dans cette idée, sinon un réconfort, un catalyseur pour son courage; celui de ne pas ouvrir les yeux, celui de ne pas hurler de terreur.

Voici donc ce dont parlent les gens lorsque l’on parle de seconde interminable. Les lames ne prendront qu’une fraction de seconde avant de m’emporter dans la tombe, et j’ai pourtant le temps de penser à tant de choses, que j’ai la sensation d’attendre la mort comme un idiot, alors que j’aurais eu dix fois le temps de me mettre à l’abri…

Le temps devenant très long, Oz finit par ouvrir les yeux… et les oreilles. Pris dans sa concentration méditative, le garçon n’avait en effet pas entendu le hurlement de sa dulcinée, et ne s’était finalement pas rendu compte que le danger qui le menaçait avait été mis en retard par les vagues d’un pouvoir qui déferlait sur lui, provoquant une réaction salvatrice.

Car au sein d’Oz, son pouvoir grondait désormais, plus fort que jamais. Faisant écho à l'énergie d’Alice qui s’insinuait en lui, la puissance d’Oz semblait prête à le faire exploser s’il ne la libérait pas immédiatement. C’est donc dans une véritable explosion que le corps du jeune homme disparut du regard de tous, masqué par une tornade d'éclairs noirâtres faisant écran autour de lui. L’air, encore une fois, devint lourd, surchargé du pouvoir des deux enfants, qui inondait l’espace dans un véritable raz de marée d’énergie crépitante. Les éclairs autour d’Oz disparurent rapidement, laissant apparaître B-Rabbit. De nouveau, les deux lapins se lançait des éclairs de sang par leurs yeux couleur de mort, mais cette fois-ci, le vrai B-Rabbit allait devoir combattre l’ombre en même temps que son double.

D’instinct, Alice, libérée de ses liens, pulvérisés par le pouvoir d’Oz, recula de quelques pas, affichant un sourire malsain sur son minois.

Oz, offre moi un spectacle que je n’oublierai pas de sitôt. Montre moi comment danse la mort !

A ces mots, le pouvoir émanant de “B-Rabbit Le Vrai” devint si intense, que l’air lui-même semblait prêt à se déchirer autour de lui. Soudain, une faux vint en rencontrer une autre, alors que les deux lapins avaient ouvert les hostilités. L’ombre, copie d’Oz sans couleur, avec deux yeux jaunes, armée du même sabre de cérémonie que l’original, mais possédant les même chaînes que B-Rabbit, se lança dans un assaut par le côté, envoyant son sabre en direction des côtes du garçon lagomorphe. L’arme fut stoppée par une chaîne d’Oz avant même d’avoir pu devenir réellement menaçante, alors qu’une seconde chaîne s’élançait à l’assaut de l’ennemi brandissant ce sabre. De ce temps, le combat entre les deux dandys aux longues oreilles faisait rage, et le faux perdait du terrain, parvenant tout juste à parer les multiples attaques qu’Oz lui assénait, comme autant de coup de bélier sur la porte d’une forteresse assiégée. Reculant à chaque attaque, le faux B-Rabbit semblait avoir de plus en plus de mal à rester sur ses pattes, impact après impact. Son salut sembla un instant possible, lorsque l’ombre d’Oz envoya ses chaînes s’enrouler autour de “B-Rabbit Le Vrai”, mais ce dernier, libérant alors une salve d’énergie, désintégra purement et simplement les chaînes en plein vol, alors qu’au même instant, sa faux coupait en deux celle de son homologue. Alice sourit de plus belle.

Alors, Mère !? Que dis-tu de cela ? Hein ? Hein ?

Les deux ennemis finirent coupés en deux, et Oz amorça sa métamorphose, commençant à reprendre son allure de blanc-bec. Cette fois-ci, le jeune homme ne vacillait pas, n’était pas essoufflé, ni même épuisé. Le pouvoir d’Alice s’était mêlé au sien, et son corps, grâce à cela, avait enfin pu supporter la transformation, sans qu’Oz n’ait à en subir quelque contrecoup. Se retournant pour faire face à sa moitié, le garçon se retrouva nez à nez avec Lacie, qu’il reconnut immédiatement, tellement Alice et elle se ressemblaient.

Tu maîtrises un dangereux pouvoir, qui pourrait s'avérer instable. Qu'arrivera-t-il si tu venais à blesser ceux qui t’accompagnent ?

Lacie adressa cette question à Oz sur un ton qui laissait supposer l’inquiétude d’une mère pour son enfant, puis tourna la tête vers Alice, avant de reprendre la parole:

Même si tu ne possèdes plus le pouvoir de l'Abysse, es-tu prête à tout pour aider Oz dans ses périples ?

Faute de répondre, Alice se mit à marcher, lentement, fièrement, en direction de sa mère, les yeux brillants d’assurance et de résolution. A chacun de ses pas, répondait un pas d’Oz, comme un fidèle écho, dont la redondance n’était pas sans rappeler les battements de deux cœurs vibrant à l’unisson. Les deux enfants se rejoignirent à quelques mètres de Lacie, et, se prenant par la main, se tournèrent vers elle. Sur leurs visages, leur sourire et leur expression générale parlaient pour eux.

Satisfaite de cette réponse sans parole, Lacie leur adressa un dernier mot, comme une bénédiction;

Adieu”.
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